ÉDITO
ISABELLE CAMPAGNOLA-SAVON
PRÉSIDENTE DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
Isabelle Campagnola-Savon ©Guillaume Ruoppolo
Isabelle Campagnola-Savon ©Guillaume Ruoppolo
<< Répondre aux grands enjeux de réchauffement climatique >>
À travers son projet de transformation urbaine de 480 hectares, l’Établissement Public d’Aménagement Euroméditerranée (EPAEM) doit faire preuve d’exemplarité.
Pour répondre aux grands enjeux de réchauffement climatique, de gestion de l’eau, de mobilité et d’énergie décarbonées, mais également aux besoins de nature en ville, il est primordial d'intégrer certaines contraintes, tout en s’appuyant sur les spécificités locales, dès la phase de conception des projets urbains.
La mise en oeuvre d’un réseau de géothermie marine pour chauffer et rafraîchir les bâtiments, le recours aux matériaux biosourcés, l’expérimentation d’installation de pavés drainants sur les espaces publics ou encore la transformation à venir de l’ancien réseau ferré du Canet en coulée verte et bleue de 20 hectares, sont autant d’exemples de l’action Euroméditerranée sur ces questions.
Construire la ville en soutenant une démarche de qualité urbaine est rendu possible grâce à notre engagement aux côtés de l’État, des collectivités et des acteurs publics locaux. Nous impulsons des expérimentations collectives sur l’aménagement de la ville, en prenant en compte le changement climatique, la gestion des ressources et le confort d’usage.
Le Laboratoire Collectif d’Innovation Urbaine, lancé en 2023 et réunissant les acteurs publics locaux, illustre parfaitement cette démarche commune de partage d’informations, de compétences et de retours d’expérience, permettant le développement de projets innovants à grande échelle.
Ce "jouer collectif", Euroméditerranée l’applique depuis sa naissance pour développer des projets accélérateurs de l’attractivité économique et résidentielle métropolitaine. L’Opération d’Intérêt National a commencé il y a 30 ans, avec la création du quartier central d’affaires connecté au centre-ville, sur un territoire arrière-portuaire au passé industriel marqué. Cette reconversion urbaine se traduit par une façade littorale emblématique et par le développement de nouveaux lieux de vie dynamiques et attractifs, associant une offre complète et diversifiée d’habitat, de services et d’équipements.
Depuis sa création, le projet Euroméditerranée contribue à la création d’une continuité urbaine entre le centre et le nord de la ville. La démarche qualité de l’Établissement Public d’Aménagement s’est construite avec l’évolution du projet, autour des usagers et habitants. Elle s’appuie sur le climat et les usages du territoire et se traduit par des aménagements, novateurs et porteurs des enjeux de la Ville Durable Méditerranéenne.
ÉDITO
AURÉLIE COUSI
DIRECTRICE GÉNÉRALE
<< Innover et rechercher de nouvelles méthodes d'aménager >>
Soutenir la renaturation en ville s’inscrit dans notre vision de l’aménagement
de la ville durable méditerranéenne de demain.
L’Établissement Public d’Aménagement s’attache depuis son origine à produire des quartiers adaptés au contexte climatique, géographique, social pour offrir une bonne qualité de vie à ses habitants.
Cela passe par la création d’espaces publics généreux et apaisés faisant une large place à la végétalisation, à de nouvelles formes de mobilité, à de nouveaux usages pour les habitants. Une des pierres angulaires de cette démarche dans les années à venir est la réintroduction de la nature en ville avec une coulée verte de 20 hectares qui s’étendra du parc du ruisseau des Aygalades au parc Bougainville dont la première phase a été ouverte en 2024.
Nous portons à travers cette opération d’aménagement une vraie volonté d’innover et de rechercher de nouvelles méthodes d’aménager, respectueuses de l’environnement dans lequel nous évoluons et des contraintes écologiques et climatiques auxquelles nous faisons face. Le Laboratoire Collectif d’Innovation Urbaine nous permet, dans une logique de "recherche-action" de mutualiser avec nos partenaires nos problématiques et de développer des solutions déployables à grande échelle.
Pour porter cette démarche, une ingénieurie financière particulière est déployée au sein de l'Établissement à travers les dotations de l'Agence de l'eau, la réponse aux appels à manifestations d’intérêt de l'Ademe ou encore à l'obtention de la labellisation "Démonstrateur de la Ville durable, France 2030".
Aurélie Cousi ©Antoine Pecatte
Aurélie Cousi ©Antoine Pecatte
DÉMONSTRATEUR
DE LA VILLE DURABLE
Avec un financement de 6 millions d’euros du programme France 2030, la Métropole Aix-Marseille-Provence, Euroméditerranée et leurs partenaires (SPEM, ID AMP, SPLA-IN et Bellastock) engagent une nouvelle étape dans la transformation du nord-littoral marseillais. Objectif : faire du territoire un modèle de la ville méditerranéenne durable.
Lauréats de l’appel à manifestation d’intérêt "Démonstrateurs de la ville durable" lancé par l’État en 2022, la Métropole Aix-Marseille-Provence, Euroméditerranée et leurs partenaires déploient une série de projets exemplaires qui font de l’innovation un levier d’amélioration du cadre de vie des habitants. Le soutien financier de 6 millions d’euros, débloqué le 20 juin dernier, marque le passage à la phase opérationnelle d’un programme d’expérimentations déjà amorcé sur le périmètre Euroméditerranée.
Au coeur de cette démarche, plusieurs projets emblématiques portés par Euroméditerranée incarnent la transition écologique et urbaine : la renaturation du ruisseau des Aygalades et de ses abords, la création d’une plateforme de gestion circulaire des terres pour le futur parc, la mise en place d’un jardin d’expérimentation, la réutilisation des eaux grises de la future piscine Bougainville, réalisée pour le compte de la Ville de Marseille, pour l'arrosage du parc voisin, le réemploi des pavés déposés lors des travaux publics dans les aménagements des quartiers des Crottes et de Cazemajou…
Ces exemples traduisent la vision portée par le démonstrateur : une ville plus perméable, sobre en ressources et fraîche. En conjuguant nature, innovation et inclusion, le nord de Marseille s’impose comme un véritable laboratoire de la ville durable méditerranéenne.
UNE "CAMPAGNE PROVENÇALE" VA ÉCLORE AU COEUR D'EUROMÉDITERRANÉE
SITUÉ ENTRE LES QUARTIERS DU CANET ET DES CROTTES, LE FUTUR PARC DU RUISSEAU DES AYGALADES DOIT VOIR LE JOUR À L'HORIZON 2031.
REVUE DE CE GRAND PROJET PAYSAGER IMAGINÉ PAR L'AGENCE MDP MICHEL DESVIGNE.
Dans le nord de Marseille, la nature va se réinstaller sur 16 hectares, à la place d'un site industriel désaffecté qui a occupé les lieux pendant un siècle. Fin décembre 2024, Euroméditerranée a retenu l'agence MDP Michel Desvignes pour transformer l'ancienne gare de triage du Canet, en un vaste parc, au milieu duquel le ruisseau des Aygalades reprendra ses droits. "Cette friche va devenir un espace vert public, un morceau de ville accessible à tous. C'est le premier grand parc urbain du XXIe siècle !", commente l'architecte paysagiste renommé, à qui l'on doit déjà à Marseille la configuration actuelle du Vieux-Port.
Un projet d'ampleur dans une ville où le plus grand espace vert, le parc Borély, s'étend sur 17 hectares, suivi du parc Longchamp, avec 11 hectares. Cette vaste "campagne provençale" créera une continuité écologique avec les parcs François-Billoux, au nord, et Bougainville, au sud. Des quartiers de l'arrière-port vers le nord, l'ensemble formera un corridor vert de 26 hectares, long de deux kilomètres, rééquilibrant l'accès à la nature entre le sud et le nord de la ville.
Le ruisseau des Aygalades redessine le paysage
La renaissance du ruisseau des Aygalades structure toute la mise en scène du paysage. Il constituera l'élément naturel autour duquel s'organiseront toutes les vues du parc. Ce fleuve côtier, second cours d'eau de Marseille, sillonne le nord de la ville, depuis le massif de l'Étoile jusqu'à la mer, dans laquelle il se jette, près de la tour CMA CGM.
Aujourd'hui canalisé et enterré, il sera remis à jour sur un kilomètre et jouera un rôle essentiel dans la prévention des inondations, un risque auquel sont exposés les quartiers alentours. Sa renaturation et l'aménagement de ses berges prévoient la création de prairies inondables en cas de crues. Ces espaces s'intégreront dans un ensemble conçu comme "un patchwork de prairies, jardins et vergers, inspiré des paysages caractéristiques du nord de Marseille", décrit le paysagiste.
Ces différents éléments, complétés par un cordon forestier méditerranéen, rythmeront les espaces et définiront les usages de ce pan de nature. "Les grands arbres offriront de belles promenades bien ombragées en même temps qu'un rempart naturel contre le vent", précise encore Michel Desvigne. L'ensemble évoque un paysage provençal typique, "pas tout à fait rural, mais avec une dimension à la fois campagnarde et domestiquée".
Des usages pour tous
À l'abri de la zone inondable, le grand quai abritera la partie la plus active du parc. Abondamment ombragé, il accueillera les jeux pour les enfants, les équipements pour les sportifs, des kiosques pour se restaurer…
"Conserver ce quai permet de garder une trace de l'ancienne gare, c'est aussi la mémoire du lieu", souligne Michel Desvigne. Installé entre les boulevards Capitaine-Gèze et François-de-Lesseps, le parc du ruisseau des Aygalades sera accessible par huit entrées. Une passerelle réservée aux piétons et aux cyclistes le traversera d'est en ouest, reliant directement les Crottes au Canet. Au-delà de sa fonction récréative, cet aménagement recréera des liens entre les quartiers et ouvrira une perspective vers le port. Desservi par deux stations de métro et doté de parkings à proximité, il devrait attirer les riverains, comme les Marseillais venus de quartiers plus éloignés. Entre juin et novembre dernier, la concertation publique a permis de recueillir les attentes des habitants en matière d'activités, de convivialité, de détente… Les travaux démarreront en 2027.
À l'horizon 2031, les Marseillais découvriront un vallon méditerranéen restauré. "Les enjeux sont extraordinaires : transformer un terrain industriel abandonné, renaturer un cours d'eau, réintroduire de la biodiversité, affronter les risques climatiques et les inondations, décrit Michel Desvigne. C'est symbolique de ce que le XXIe siècle annonce comme transformations."
L'ancienne gare du Canet va devenir le parc du ruisseau des Aygalades. © Groupement Michel Desvigne Paysagiste
L'ancienne gare du Canet va devenir le parc du ruisseau des Aygalades. © Groupement Michel Desvigne Paysagiste
© Groupement Michel Desvigne Paysagiste
© Groupement Michel Desvigne Paysagiste
Les Crottes et l'ouest du Canet en 1950. © IGN, Photothèque nationale
Les Crottes et l'ouest du Canet en 1950. © IGN, Photothèque nationale
DEUX SIÈCLES DE MÉTAMORPHOSES PROVENÇALE" URBAINES
LES ANCIENS SECTEURS INDUSTRIELS DES CROTTES ET DU CANET SONT EN PLEINE RENAISSANCE.
PAR JUDITH AZIZA, DOCTEURE EN HISTOIRE.
Considérés comme des banlieues de Marseille avant la création des arrondissements en 1946, les quartiers des Crottes et du Canet ont connu une évolution relativement similaire. Jusqu'à ce que le port de commerce s’étende à proximité, à partir des années 1860, ils sont avant tout occupés par des propriétés agricoles. Ils ont également en commun l’origine de leur dénomination : la nature. Le nom des Crottes ferait référence aux cavités souterraines qui s’y trouvaient (crota en Provençal), tandis que le Canet aurait été nommé en référence aux roseaux qui y poussaient (cano en Provençal).
Des campagnes qui s'industrialisent
Entre la seconde partie du XIXe siècle et le début du XXe siècle, le Canet et les Crottes se transforment en un espace industriel où de nombreuses usines s’implantent. Des commerces et des logements ouvriers sont également construits afin de pourvoir aux besoins d’une main d’œuvre toujours plus nombreuse, majoritairement italienne.
L’armée s’installe également dans le périmètre avec la création, pendant la Première guerre mondiale, du camp Oddo ; connu pour avoir servi, entre 1922 et 1927, de camp de transit aux nombreux Arméniens rescapés du génocide mené par les Turcs en 1915.
Petit à petit, les champs disparaissent au profit des constructions et des infrastructures, telle que la gare de fret du Canet aménagée au début des années 1930.
Reconstruire la ville sur les friches
Dans le dernier tiers du XXe siècle, à la suite des différentes crises économiques, de nombreuses usines ferment leurs portes, des milliers d’habitants perdent leur travail et quittent le périmètre, laissant derrière eux un espace en perte d’attractivité.
En 2009, grâce au lancement de la seconde phase du plan Euroméditerranée, la situation commence à évoluer. Différents projets immobiliers sont lancés pour redynamiser et repeupler les Crottes et l’ouest du Canet. Les bâtiments industriels sont détruits pour laisser la place à des immeubles de logements et de bureaux, des commerces et des espaces verts. L’espace public est repensé, notamment par la plantation d’arbres, la réduction des voies de circulation et l’implantation du tramway. Par ailleurs, à l’horizon 2031, l’immense parc du ruisseau des Aygalades verra le jour à l’emplacement d’une partie de l’ancienne gare du Canet. À terme, à l’image de la Joliette et d’Arenc, les Crottes et l’ouest du Canet retrouveront le dynamisme et l’attractivité qui les caractérisaient par le passé.
Fin de l'exposition “30 ans en 30 lieux" aux Docks
Après cinq mois d'ouverture et plus de 22 100 visiteurs, l'exposition “30 ans en 30 lieux” a fermé ses portes vendredi 31 octobre aux Docks Village. Produite par l'Établissement public d’aménagement Euroméditerranée en collaboration avec l'historienne Judith Aziza, elle retraçait la transformation de l'ancienne zone industrialo-portuaire marseillaise.
À L’HORIZON 2031, LE PARC DU RUISSEAU DES AYGALADES OUVRIRA 16 HECTARES DE CAMPAGNE PROVENÇALE AUX MARSEILLAIS.
AMÉNAGER AVEC LA NATURE
"UN PARC, C'EST TOUJOURS BÉNÉFIQUE POUR L'ENVIRONNEMENT"
COMMENT UN PARC EN VILLE VIENT RÉPONDRE À DES ENJEUX ÉCOLOGIQUES ?
DES RÉPONSES AVEC ANITA LEROUX, DIRECTRICE DU PROJET DU PARC DU RUISSEAU DES AYGALADES.
Anita Leroux © Guillaume Ruoppolo
Anita Leroux © Guillaume Ruoppolo
Quels seront les bénéfices de ces 16 hectares de verdure sur
l'environnement ?
Redonner sa place à la nature, redonner sa place à l'eau, dans un quartier très urbanisé, c'est toujours bénéfique d'un point de vue environnemental. Les arbres contribuent à améliorer la qualité de l'air, tandis qu'un grand espace vert réduit significativement les effets des îlots de chaleur urbains. Plus précisément, le parc s'installe sur un ancien site ferroviaire industriel, où les sols seront traités et dépollués avant d'ouvrir au public. Le cours d'eau, remis au jour sur un kilomètre, sera bordé de plantes phyto-épuratrices, capables de filtrer les polluants venus de l'amont. La qualité de l'eau qui se jette un peu plus loin dans la mer aura ainsi été améliorée.
Quels seront ses impacts sur la biodiversité ?
Paysagistes, écologues, hydrauliciens, etc., travaillent ensemble à la conception du parc. L'un des axes de réflexion consiste à composer une palette végétale la mieux adaptée à la fois au climat méditerranéen et aux caractéristiques géographiques du site. En collaboration avec le service des espaces verts de la Ville de Marseille, l'équipe de concepteurs catalogue les essences des bassins versants et des collines alentours afin de sélectionner les plantes endémiques du futur parc. Un inventaire de la faune et de la flore est également en cours sur le site. La faune reste encore discrète. Toutefois, depuis l'arrêt des activités industrielles, certaines espèces d'oiseaux, d'insectes reviennent peu à peu. D'ici cinq ou six ans, on peut imaginer que le parc pourrait se repeupler d'espèces que l'on observe plutôt dans le massif de l'Étoile, signe d'un véritable retour de la biodiversité.
Le parc contribuera aussi à limiter les risques inondation.
Comment ?
Le parc est conçu comme une zone d'expansion de crue : il recueillera les eaux de débordement du cours d’eau et du ruissellement lors de fortes pluies. Les abords du ruisseau des Aygalades formeront trois grandes prairies végétalisées, capables de retenir temporairement l'eau avant son infiltration naturelle. Des modélisations ont été réalisées en fonction des crues du ruisseau des Aygalades. Elles estiment que le parc sera partiellement inondé à partir d'une crue trentennale, c'est-à-dire, lors d'une crue qui a un risque sur trente de se produire chaque année. Cantonner l'eau dans le parc permet de limiter le risque d'inondation pour les quartiers voisins et de protéger leurs habitants.
Que se passera-t-il quand le parc sera inondé ?
Il sera tout simplement fermé au public. Il fermera en cas de risque d'inondation, lors de gros épisodes orageux notamment. Le parc sera clairement limité et clôturé sur tout son pourtour, avec un nombre de point d'entrées limité. C'est une demande de la ville de Marseille, qui sera gestionnaire de cet équipement à sa livraison. Cela lui permettra de l'ouvrir et de le fermer selon les horaires établis, mais aussi en cas de forts risques (indondation, tempête...). Néanmoins, pendant ces périodes, sa traversée d'est en ouest restera possible par la passerelle Allar, réservée aux piétons et aux cyclistes, qui reliera le quartier des Crottes au Canet. Elle restera hors d'eau, même en cas de crue centennale, tout comme le grand quai. Une réflexion est également en cours pour que les jeux et autres équipements installés sur le grand quai le long de la traverse du Bachas restent accessibles en cas de crue, tout en fermant l'accès aux zones inondables.
LA CONCERTATION CONTINUE
© EPAEM
© EPAEM
Parce qu'il est réalisé pour les habitants de Marseille en général, les riverains du site, les usagers, les associations, les familles, les enfants, le parc du ruisseau des Aygalades fait l'objet d'une concertation active. Les besoins et les attentes exprimés permettent d'adapter le projet à la vie réelle des quartiers. Entre octobre 2023 et février 2024, la première phase de concertation a ébauché les grandes lignes du futur parc.
Depuis 2025, une nouvelle phase est en cours afin de détailler les aménagements à partir du projet lauréat conçu par l'équipe Michel Desvigne Paysagiste. Entre juillet et novembre 2025 ont eu lieu des ateliers thématiques, des temps d'échange avec des collégiens, des seniors, des salariés, des étudiants. L'équipe du projet a répondu aux questions du public à l'occasion d'événements locaux. Une plateforme participative est en ligne pour recueillir les contributions.
En juin 2026, les enseignements de cette nouvelle étape seront rendus publics afin de les partager et de présenter une version plus avancée du projet.
DE LA FRICHE AU PARC
LE FUTUR PARC DES AYGALADES TRANSFORME LA CONTRAINTE DE LA DÉPOLLUTION EN UNE OPPORTUNITÉ DE RÉSILIENCE.
Le passé industriel des sites aménagés dans l'arrière-port marseillais a conduit Euroméditerranée à se pencher sur le sujet de la dépollution des terres. Une réflexion qui débouche aujourd'hui sur FrichEco, un projet de recherche-action qui fait du futur parc du ruisseau des Aygalades un laboratoire de l'économie circulaire. D’ici à 2030, ces anciennes installations ferroviaires vont se métamorphoser en espace vert. Cet aménagement nécessite 160 000 m3 de terre, soit l'équivalent de 16 000 camions. Faire venir ces volumes représenterait un nonsens écologique et économique. L'idée portée par FrichEco part d'un principe simple : créer un "petit cycle des terres" à l'échelle locale. Les matériaux terreux excavés lors des chantiers du territoire sont réemployés directement sur place, notamment pour réaliser les aménagements paysagers. Une démarche d'économie circulaire appliquée aux sols urbains qui évite le double impact du transport et de l'extraction de nouvelles ressources.
Des "passeports" pour qualifier chaque terre
Le projet développe des "passeports des sols" qui permettent de tracer et qualifier chaque gisement. Au-delà de la simple vérification de l'absence de pollution, ces passeports garantissent que les terres pourront remplir des fonctions écologiques précises : favoriser la biodiversité, stocker du carbone... Chaque terre réemployée devient ainsi un véritable éco-matériau fonctionnel, pensé pour les défis environnementaux du territoire. Une recherche ancrée dans le terrain Pendant 60 mois, chercheurs, aménageurs et acteurs du territoire vont collaborer à ce projet d'envergure réunissant à l'initiative d'Euroméditerranée, Aix-Marseille université et le BRGM, qui apportent leurs expertises en analyse des sols et caractérisation des matériaux ainsi que le bureau d'études Neo-Eco. L'originalité de la démarche réside dans son calendrier : initiée très en amont de la création du parc, la recherche nourrit directement sa conception.
Vers une nouvelle économie des sols
Au-delà des avancées techniques, le projet, soutenu à hauteur de 397 000 euros par l'ADEME, vise la structuration de filières locales pérennes, génératrices de savoir-faire et d'emplois non délocalisables.
RENDRE LA NATURE DURABLE EN VILLE
DEPUIS 2020, ENTRE LE CENTRE-VILLE ET LES QUARTIERS NORD DE MARSEILLE, L'ÉCOQUARTIER DES FABRIQUES SORT PROGRESSIVEMENT DE TERRE. AFIN D'ACCOMPAGNER L'AMÉNAGEMENT DES ESPACES PUBLICS À L'AUNE DES ENJEUX CLIMATIQUES ET ÉCOLOGIQUES, UN JARDIN D'EXPÉRIMENTATION A VU LE JOUR EN BORDURE DE LA RUE DE LYON. CHEF DE PROJET CHEZ EFFICACITY, INSTITUT DE R&D SUR LA VILLE DURABLE PARTENAIRE D'EUROMÉDITERRANÉE, RENAUD FRANCOU EN PRÉCISE L'OBJET.
© EPAEM
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Renaud Francou © Cyril Morachioli
Renaud Francou © Cyril Morachioli
© Linkcity
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Comment rendre les sols perméables à l’eau de pluie ? Quelles espèces planter ensemble pour que la végétation résiste aux stress hydriques ? Comment les arroser de manière profitable ? Comment refertiliser les sols ? Comment l'éclairage peut-il contribuer à améliorer l’ambiance d'un quartier ? Le jardin d'expérimentation a testé des réponses à ces questions dont certaines ont été adapatées dans les espaces publics des Fabriques. ©Linkcity
Comment rendre les sols perméables à l’eau de pluie ? Quelles espèces planter ensemble pour que la végétation résiste aux stress hydriques ? Comment les arroser de manière profitable ? Comment refertiliser les sols ? Comment l'éclairage peut-il contribuer à améliorer l’ambiance d'un quartier ? Le jardin d'expérimentation a testé des réponses à ces questions dont certaines ont été adapatées dans les espaces publics des Fabriques. ©Linkcity
Qu'est-ce que le jardin d'expérimentation des Fabriques ?
En plein coeur des chantiers de construction des Fabriques, 2 000 m2 ont été consacrés à un jardin d'expérimentations techniques, entre 2020 et 2024. Prévu d'emblée pour être transitoire, cet espace a permis de tester différentes solutions pour aménager des espaces publics plus durables et ainsi de renforcer la résilience de la ville face au changement climatique. Les expérimentations ont essentiellement porté sur la désimperméabilisation des sols, afin de leur rendre leur capacité naturelle d'absorption de l'eau de pluie. Différents types de revêtements ont ainsi été éprouvés en même temps que des associations végétales, des procédés de régénération de la terre et des dispositifs d'arrosage. D’autres expérimentations ont également eu lieu autour des mâts d'éclairage.
Concrètement, comment a-t-il participé à l'aménagement des espaces publics du quartier ?
Le jardin a constitué un terrain d'essais grandeur nature à ciel ouvert, conduits parallèlement aux opérations d'aménagement. Les pistes de recherche testées en situation ont été transposées peu après dans certaines rues, places ou jardins en cours d'aménagement des Fabriques. Dès la mi-2021, des revêtements drainants ont été choisis pour être installés dans le quartier sur la base des premiers résultats obtenus au jardin d'expérimentation à partir des protocoles rigoureux établis pour évaluer leurs qualités : entre autres, capacité d'infiltration, pouvoir réfléchissant et tests de nettoyage. Au total, 4 000 m2 de différents matériaux drainants ont été déployés dans les espaces publics des Fabriques.
Comment s'est organisée la démarche qui a porté le jardin ?
Le jardin a été initié par Euroméditerranée et le groupement de maîtrise d'oeuvre des Fabriques Ilex et Egis, rejoints par Efficacity, l'Institut de recherche et de développement pour la transition énergétique des villes, et le CNRS de Montpellier. Il a ainsi réuni une diversité d'acteurs : entreprises du BTP, chercheurs, collectivités locales, paysagistes, habitants parfois, autour d'un projet, où chacun apporte son expertise tout en apprenant par la pratique. Les services de la Ville de Marseille et de la Métropole Aix-Marseille Provence ont joué un rôle clé en tant que futurs gestionnaires des espaces publics aménagés. Le jardin a fait office de lieu de rencontres où chacun a pu exprimer ses contraintes, ses incertitudes pour avancer en débloquant les freins mentaux : on apprend en testant. Ce cadre de coopération en soi est une innovation. Quels enseignements ont été tirés de cette expérience ? Au moment de son lancement, le jardin revêtait une forte dimension technique et opérationnelle. Il visait principalement à trouver les meilleurs moyens de désimperméabiliser les sols du quartier. Sur ce volet, les expérimentations ont porté des enseignements et des applications concrètes. Mais, derrière cet objectif, le constat est beaucoup plus large. Cet espace a permis à tous les acteurs du projet d'aller beaucoup plus loin dans la démarche. Il a contribué à fonder une culture de l'innovation publique sur le territoire, ouvrant des brèches vers une transition écologique plus large. C'est le propre du champ de l'innovation, par nature, on ne sait pas précisément où on va.
UN LABORATOIRE POUR CONSTRUIRE UNE VILLE RÉSILIENTE
CHEFFE DE PROJET STRATÉGIE ET INNOVATION POUR EUROMÉDITERRANÉE, ALICE NOGUIER PILOTE LE LABORATOIRE COLLECTIF D'INNOVATION URBAINE. ELLE PRÉSENTE CETTE ORGANISATION, STRATÉGIQUE POUR DÉVELOPPER LE MODÈLE DE LA “VILLE MÉDITERRANÉENNE DURABLE”.
Comment la création du Laboratoire Collectif d'Innovation Urbaine (Lab’) en 2023 s'inscrit-elle dans la démarche d'aménagement d'Euroméditerranée ?
Depuis la création de l’Opération d’Intérêt National en 1995 et de manière plus ambitieuse dès l’extension du périmètre d’opération en 2009, Euroméditerranée réfléchit à des manières d’aménager, en adéquation avec le contexte climatique local et en anticipation des modes d’usages futurs. En novembre de la même année, cette ambition a été reconnue par le label national Écocité, qui encourage les grandes opérations urbaines à expérimenter des solutions durables : sobriété énergétique, gestion responsable des ressources, mobilités douces, mixité sociale, inclusion économique et urbaine. C'est le point de départ du modèle de la "ville méditerranéenne durable". Depuis, les projets expérimentés et mis en oeuvre intègrent ces dimensions tout en les adaptant aux spécificités climatiques, géographiques et culturelles locales. Le Lab’ vient structurer cette démarche. Il facilite la coopération entre l'Établissement Public d'Aménagement, les collectivités locales, l'État et leurs partenaires, et favorise le partage d'expérience.
Concrètement, comment ces innovations se traduisent-elles sur le terrain ?
Euroméditerranée est un territoire d’expérimentation qui a vocation à tester de nombreuses solutions et à en partager les enseignements. Entre 2020 et 2024, un jardin d'expérimentation a occupé 2 000 m2 au coeur du nouveau quartier des Fabriques. Cette installation temporaire a permis de tester et d'adapter différentes solutions pour l'aménagement des espaces publics de ce nouveau quartier. Ce jardin d’expérimentation est à vrai dire à l’origine de la création du Lab’. Il vise à s’inscrire dans sa continuité afin de continuer à tester de nombreuses solutions, toujours en étroite coordination avec l’État et les collectivités locales, au service des habitants et usagers.
Qu'apporte la dimension collective du Laboratoire ?
Le Lab’ travaille aussi bien à l’échelle opérationnelle, qu’avec les élus. Les membres du Lab’ proposent des thématiques prioritaires qui sont votées au Conseil d’Administration d’Euroméditerranée. Une fois ces priorités adoptées par les élus et représentants de l’État, le Lab’ se met en route.
Nous travaillons actuellement sur quatre grandes familles de projets : la ville résiliente, l’éclairage, l’énergie et la mobilité. Autour de ces thématiques gravitent d’autres sujets émergents. Concrètement, les partenaires avancent ensemble sur les sujets, partagent leurs avancées, les retours d'expérience et recommandations pour permettre à des projets innovants de se développer au-delà de notre périmètre.
Le Laboratoire a également vocation à diffuser l'information, les avancées, bonnes pratiques ou leçons apprises, le plus largement possible.
C'était précisément l'objet du rendez-vous qui s'est tenu hier à Marseille ?
Oui. Nous organisons, deux fois par an, des événements qui réunissent l'écosystème local autour de deux des thématiques prioritaires identifiées. Ces événements favorisent la mise en réseau, le partage des pratiques et de l'avancement concret des opérations. C’est également l’occasion de s’inspirer de projets venus d’ailleurs. La journée organisée hier a réuni experts et techniciens autour de la thématique du bioclimatisme, ou comment aménager en tenant compte du climat local. Par exemple, nous pensons qu’à Marseille le vent a un rôle à jouer. S’il est pris en compte dans un projet d’aménagement, il pourra devenir un véritable atout pour le territoire — surtout dans un contexte de réchauffement climatique. Le travail conduit à l’initiative d’Euroméditerranée sur ce sujet a donné lieu au guide Quand le vent façonne la ville, consultable en ligne et écrit en partenariat avec le groupement Tribu, Polyptyque, J. Guenau.
Les rencontres du Lab' réunissent des experts et des techniciens pour une journée d'échanges et d'ateliers. © EPEAM
Les rencontres du Lab' réunissent des experts et des techniciens pour une journée d'échanges et d'ateliers. © EPEAM
FAIRE ÉVOLUER LES PRATIQUES URBAINES
SUR LES 14 HECTARES DU FUTUR ÉCOQUARTIER DES FABRIQUES, À MARSEILLE,EUROMÉDITERRANÉE EXPÉRIMENTE UNE NOUVELLE FAÇON DE PENSER LA VILLE. INGÉNIEUR EN DÉVELOPPEMENT DURABLE, BRICE CHANDON DÉCRIT COMMENT L’AMÉNAGEMENT DES ESPACES PUBLICS DEVIENT UN LABORATOIRE GRANDEUR NATURE POUR IMAGINER DES SOLS FERTILES, DES MATÉRIAUX DRAINANTS ET UNE GESTION INTÉGRÉE DES EAUX PLUVIALES.
“Au moment où je suis arrivé sur le projet, raconte Brice Chandon, ingénieur en développement durable pour Euroméditerranée, il y avait une vraie volonté de faire évoluer nos pratiques. Les Fabriques, c’était l'occasion de le faire avec un vaste quartier à aménager, une maîtrise d’oeuvre engagée sur six ans, et surtout l’envie d’innover.” Dès la conception, les équipes ont inscrit la désimperméabilisation et la gestion intégrée des eaux pluviales au coeur du projet. Concrètement, il s’agit de permettre à l’eau de pluie de s’infiltrer dans le sol plutôt que d’être évacuée vers les réseaux. “Cela passe par la création d’espaces verts et donc par la nécessité de repenser entièrement la qualité des sols”, indique l'ingénieur.
Des sols fertiles issus de l’économie circulaire
Pour ce faire, Euroméditerranée s’est entouré du CNRS de Montpellier et de l’agence de paysage Ilex afin de concevoir un processus inédit de création de sols fertiles. “À Marseille, la roche est très proche de la surface, la terre végétale est rare. Nous avons donc identifié des gisements de limon issus de l’économie circulaire, soit prélevés sur le site, soit récupérés auprès de la Société des Eaux de Marseille. Pour eux, c’était un déchet, pour nous, une ressource”, souligne Brice Chandon. Ces limons, enrichis en compost et en inoculum, un concentré de champignons mycorhiziens prélevés sur des sols naturels, redonnent vie à la terre. “Ce process permet de rendre le sol fertile plus rapidement, un paramètre crucial en milieu urbain dense.” Une innovation scientifique désormais suivie de près par d’autres aménageurs locaux.
Choisir les matériaux les plus efficaces
Deuxième axe d’expérimentation, les revêtements drainants. Bétons poreux, pavés à joints perméables et matériaux innovants comme l'Urbalith de Colas… Différentes solutions ont été testées. “Nous avons comparé tous les matériaux disponibles sur le marché pour choisir les plus efficaces. Ce qui compte, c’est que l’eau retourne au sol, qu’on réduise les ruissellements et qu’on limite les besoins d’arrosage.” Bien qu’invisibles aux yeux des usagers, ces procédés apportent à la ville une véritable bouffée d’air. “L’important, insiste Brice Chandon, c’est la pérennité. Si nos sols sont vivants, les arbres pousseront mieux, la ville coûtera moins cher à entretenir et sera plus résiliente face à la sécheresse.” Au-delà du quartier, l’expérience des Fabriques a déjà essaimé. “Le jardin d’expérimentation a servi de support de formation pour la Ville de Marseille, la Métropole, le Département, l’Agence de l’eau… Il a créé une culture commune autour de la gestion intégrée des eaux pluviales.”
© EPAEM
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